| |
|

|
Edito
|
|
Pratiquement à
chaque permanence, on me demande quels sont les résultats
de la méthode "Génération
Médiateurs" ? À chaque fois, je réponds
quil ne faut pas sattendre à un miracle,
pas de magie, denchantement ou de changement subit
mais un travail sérieux qui sinscrit sur
la durée ; un travail passionnant dont le stage
nest que la première marche.
Lorsque jai fait mon stage avec Génération
Médiateurs, cétait en tant que représentante
des parents délèves. Nous étions
inquiets non pas tant des violences qui sexerçaient
à lintérieur du collège (de
ce côté, les choses étaient prises
en main de façon assez satisfaisante) que de
ce qui se passait à lextérieur du
collège aux horaires dentrée et
de sortie.
Il nous paraissait important de trouver une solution
qui donnerait des résultats même lorsque
le surveillant général nétait
pas dans les parages. Une solution qui développerait
la responsabilité et non pas la peur du gendarme
À la maison, mes deux garçons se disputaient
continuellement. Jétais épuisée,
déprimée par ces chamailleries, ces querelles
quotidiennes Cest donc tout naturellement sur
ma famille que jai eu envie de tester les exercices
appris en stage. Nous avons passé quelques soirées
très drôles, très ludiques à
confronter nos différentes façons denvisager,
de ressentir les choses.
|
|
Les enfants se sont écoutés,
chacun a entendu les sentiments de lautre et...
ils ont continués à se disputer... avec
moins de hargne et de véhémence cependant.
Mais la chose la plus précieuse que le stage
mavait fait découvrir, cest le fait
que le conflit nest pas à redouter, quil
est normal et peut-être même être
à lorigine dune dynamique. De leurs
confrontations naissaient des liens très forts,
irremplaçables, des liens
fraternels.
Cest dans le même état desprit
que jai envisagé la médiation au
collège. Tous ces petits conflits étaient
le signe dun dynamisme, dune richesse. Cétait
le "levier" par lequel nous pourrions apprendre
à nos enfants les règles de la vie en
communauté. Loin des discours pontifiants, en
se servant de leur préoccupations. De façon
concrète, terre à terre, nous allions
pouvoir apprendre à ces enfants à vivre
ensemble.
Il y a quelques mois, jai été élue
maire-adjointe de ma ville. Vous ne pouvez pas savoir
combien la médiation mest utile et précieuse.
Presque quotidiennement jaccueille dans mon bureau
des parents en colère, des instituteurs mécontents,
des représentants dassociations déçus.
Je me suis rendue compte que sans même men
apercevoir, jappliquais les techniques de la médiation
,
naturellement. Et les résultats sont là,
personne nest encore sorti de mon bureau avec
rancur. À chaque fois, même si je
ne peux donner tout ce quils désirent,
nous réussissons au moins à établir
des rapports de confiance qui nous permettent de travailler
ensemble.
Jai fait il y a quelques semaines un voyage de
paix en Palestine. La situation sur le terrain est alarmante,
bouleversante, dramatique. Les deux communautés
sont retranchées chacune dans leurs peurs ; imperméables
aux sentiments des autres, mais je retiendrai comme
un signe les paroles de mon ami Bassam "Tu vois
Bénédicte, si les Israéliens vivaient
24 heures de notre vie, ils comprendraient
"
Car pour moi cest bien ça que la médiation
ma enseigné : arriver à comprendre
VRAIMENT lautre.
Bénédicte Bauret.
|
| Initiative |
|
|
Graines de médiateurs
|
Depuis trois ans, les enfants
dune école primaire de Roubaix pratiquent
la médiation. Une réussite qui prouve
quon nest jamais trop petit pour se
lancer.
|
|
|
|
| Aujourdhui, cest
à moi dêtre gardien. Alors fiche
le camp ! A peine cinq minutes que les
élèves étaient dehors et le
premier conflit éclatait sur le terrain de
foot. Il ne serait malheureusement pas le dernier
de ce quart dheure de récréation
où les enseignants auraient fort à
faire pour essayer de maintenir une atmosphère
de jeu et de détente. Cest pour inverser
cet état de fait que léquipe
enseignante a mené une réflexion sur
les relations des enfants en conflit et sur la médiation.
Et cest ainsi qua débuté
la formation denfants médiateurs à
lécole Ste Marie de Roubaix (59). |
| Douze séances
de formation |
| Aujourdhui depuis trois
ans, une vingtaine denfants de cycle 3 se
portent volontaires pour suivre une fois par semaine
pendant quarante-cinq minutes une formation qui
dure douze séances environ. Ils apprennent
à identifier et à mettre des mots
sur leurs sentiments. Ils réfléchissent
sur ce quest la violence et la manière
dont eux réagissent en situation conflictuelle.
Ils repèrent les lieux de conflit dans lécole.
Ils développent les qualités découte,
de dialogue et de confidentialité nécessaires
au médiateur. Enfin ils jouent de nombreuses
situations de conflit afin den maîtriser
les différentes étapes de résolution. |
| En cour de récré |
| Après ce temps
de formation, les enfants par paire mixte, vêtus
du T. shirt jaune marqué devant du M
de médiateur et au dos du panneau Stop
la violence, expérimentent leurs
nouvelles compétences en cour de récréation.
Une rencontre hebdomadaire est maintenue afin de
réguler les difficultés rencontrées
lors de leurs interventions auprès de leurs
camarades. Cette médiation effectuée
par les enfants ayant le statut délèves
se fait dans un esprit de service. Ils proposent
leur aide à leurs camarades en conflit afin
que ces derniers trouvent ensemble une solution
négociée. Cest une médiation
par les enfants, pour les enfants, avec les enfants
et entre enfants. |
| Des horizons nouveaux |
| Il en résulte une
baisse significative de lagressivité
en cour de récréation et une volonté
certaine de leur part à résoudre les
conflits autrement que par la violence. De plus
cette démarche de formation à la médiation
ouvre des horizons nouveaux. Elle débouche
aujourdhui sur la mise en place de conseil
de vie au cycle 3. Son but est de débattre
de ce qui va, de ce qui pose problème, dans
lorganisation de la classe et dans les relations
entre enfants. Il sagit enfin de trouver des
solutions dans un esprit coopératif. |
| Tout un programme |
| Ces projets sinscrivent
dans le cadre de la Décennie internationale
de promotion dune culture de la non-violence
et de la paix au profit des enfants du monde
proclamée par lONU. Ils trouvent résonance
dans les futurs programmes de lécole
primaire qui précisent que léducation
civique nest pas, en priorité, lacquisition
dun savoir mais lapprentissage dun
comportement et que lécole
est un lieu où la violence
doit être
combattue très énergiquement dès
ses premières formes. Dans cet
objectif, une heure par quinzaine sera
consacrée à des débats avec
ordre du jour,président de séance,
compte-rendu où les règles
de la vie de la classe seront élaborées
par les élèves et où
on mènera une réflexion approfondie
basée sur lécoute de lautre,
première forme de respect et dacceptation
de la différence lorsque des conflits
éclateront. |
| Des effets au quotidien |
| Ainsi former à
la médiation permet de développer
chez lenfant des attitudes basées sur
le respect mutuel, la communication, la coopération,
lautonomie et la responsabilité. Les
enfants médiateurs témoignent en ce
sens lorsquen fin dannée, nous
faisons le bilan avec eux. Ils affirment quils
se disputent moins à lécole
et à la maison, quils se
sentent capables déviter un
conflit ou de mieux se contrôler
quand il éclate. Ils disent mieux
comprendre leurs amis et surtout sêtre
rendu compte que la violence ne sert pas
à grand chose et quils peuvent
faire autrement en parlant. Ils
confirment avoir découvert une aide
pour dialoguer avec les autres et pour
oser plus. Ils affirment avoir
plus dassurance et de confiance
en eux. De plus la question posée
par les élèves de CM2 en fin dannée,
pourra-t-on continuer en 6e ?,
montre bien leur intérêt et leur enthousiasme
pour cette pratique au quotidien. Enfin, les propos
de leurs camarades renforcent leurs remarques. Pour
eux, les médiateurs aident à résoudre
les disputes sans se battre, ils aident à
mieux se connaître et rapprochent
les personnes. Ce sont des réconciliateurs
comme ils les nomment. Grâce à eux,
ils trouvent quil y a moins de disputes, de
violence dans la cour et comme ils arrivent
vite pour régler les conflits,
ils se sentent protégés
et trouvent que cest une sécu-rité
supplémentaire pour jouer en paix. |
Isabelle Vermandel, Formatrice à Génération
Médiateurs |
|
|
|

| Approche |
|
| Un
conte, des échos... |
|
Sans doute ne suis-je pas la
seule à éprouver un sentiment de malaise
face aux discours moralisateurs ? Le changement de regard
dont nous parlons tant au cours des formations est un
exercice qui nécessite une pratique régulière.
Pour nous y aider, les contes et leur symbolisme profond
sous des dehors enfantins, nous parlent de nous et de
notre chemin sur cette Terre.
Voici donc pour changer notre regard, une histoire toute
simple qui nous vient de bien loin. Ne nous dit-elle
pas que, dans la mesure où nous le reconnaissons
avec honnêteté, nous navons pas à
trop nous inquiéter de ce que nous vivons en
nous comme des manques, des insuffisances
Qui naura en effet plaisir à se reconnaître
dans le pot fêlé ?
Babeth Diaz
Un conte : Le pot
fêlé
 |
En Inde, un porteur deau possédait
deux grands pots, suspendus aux extrémités
de la perche quil portait en travers des
épaules. Lun deux, fêlé,
narrivait quà moitié
plein au terme de la longue marche entre la rivière
et la maison du maître, alors que lautre,
intact, était toujours aussi rempli. Cela
continua ainsi pendant deux années entières,
le porteur ne livrant chaque jour quun pot
et demi deau à la maison de son maître.
Le pot sans défaut était bien sûr
fier daccomplir parfaitement ce pour quoi
il avait été fait, alors que le
pauvre pot fêlé était honteux
de son imperfection et malheureux daccomplir
seulement la moitié de sa tâche.
Au terme de ces deux années quil
avait perçues comme un échec amer,
un jour, près de la rivière, il
dit au porteur deau : Jai honte
de moi-même et je voudrais te présenter
mes excuses.
|
Pourquoi ?,
demanda le porteur, de quoi as-tu honte ?
Je me sens coupable, dit le pot, de ne livrer
depuis deux ans que la moitié de ma charge
; cela à cause de cette fissure à
mon côté par où leau sécoule
tout au long du chemin de retour vers la maison
de ton maître. Du fait de mon défaut,
tu as accompli tout ce travail sans obtenir la juste
récompense de tes efforts.
Peiné pour le vieux pot fêlé,
le porteur deau lui répondit : En
repartant vers la maison du maître, tu observeras
les belles fleurs le long du sentier. Et
en effet, comme ils montaient la colline, le vieux
pot fêlé remarqua que le soleil réchauffait
de belles fleurs sauvages au bord du sentier, et
cela le réconforta un peu. Cependant en fin
de parcours, il se sentit mal de nouveau car il
avait perdu la moitié de son chargement et,
à nouveau il demande au porteur dexcuser
sa fêlure. Le porteur dit au pot : As-tu
remarqué quil y avait des fleurs seulement
de ton côté du chemin, et non du côté
de lautre pot ? Cest parce que jai
toujours connu ton défaut et que jen
ai tiré parti. Jai planté des
graines de fleurs sur ton côté du chemin
et, chaque jour, à notre retour de la rivière,
tu les arroses. Depuis deux ans, je peux cueillir
ces fleurs pour décorer la table de mon maître.
Si tu navais pas été ce que
tu es, il naurait pas cette beauté
pour embellir sa maison. |
Des échos
|
|
Le lundi 15 octobre 2001,
Anne-Aymone Giscard dEstaing
a remis à Hortense Parmentier, Babeth Diaz
et Brigitte Liatard pour laction de Génération
Médiateurs :
le Prix de lInnovation
de la Fondation pour lEnfance, accompagné
dun chèque de 30 000 F.
|
| |
|
Une équipe
de la Cinquième est venue tourner au collège
dAmbrussum de Lunel (34). Ce reportage a été
diffusé le mercredi 7 novembre 2001 dans
lémission de lÉducation
Nationale intitulée Cas décole.
Depuis un an, plus de 40 médiateurs et médiatrices
formés par Jean-Antoine Pavon et Marie-Hélène
Felgerolles offrent leurs services.
Cette année, après un stage suivi
par 25 personnes de léquipe éducative,
ce sont 90 jeunes des classe de 5e, 4e et 3e qui
ont demandé à suivre la formation.
Bravo à tous ! |
|
| |
|
| Non-Violence-Actualité
présente dans son numéro 259 de novembre-décembre
2001 de nombreux témoignages sous le titre
Quand lécole forme à la
gestion des conflits. Un article de trois
pages y est consacré à la longue expérience
de Génération Médiateurs. |
| |
|
|
|
|

| Livre : |
| "Cessez dêtre
gentil, soyez vrai !" |
 |
Cest en fonction de son
histoire personnelle que Thomas dAnsembourg
a choisi dintituler ainsi son livre mais il
aurait tout aussi bien pu prendre un autre titre.
Par exemple , Cessez dêtre désagréable,
soyez vrai, car cest à être
vrai que nous convie ce livre. Guy Corneau, auteur
de la préface, nous prévient que le
projet de lauteur - ancien avocat, thérapeute
et responsable dune association de jeunes
en difficulté risque de paraître
ambitieux puisquil sagit de shabituer
à exprimer sa vérité, dans
le respect dautrui et de soi-même. Mais
Thomas dAnsembourg guide le lecteur à
travers toutes les étapes, déjà
bien connues des membres de Génération
médiateurs, de la communication non-violente
: |
distinguer un fait
de son interprétation en refusant jugements
et étiquettes, identifier nos sentiments
puis nos besoins en prenant la responsabilité
de ce que nous vivons, enfin savoir formuler une
demande concrète, réaliste et négociable.
La finesse de lanalyse, les nombreux exemples
et croquis qui lillustrent, lhumour
et la clarté du style provoquent une envie
irrésistible daffronter autrement nos
conflits.
Il est bon de sentendre répéter
quil y a bien plus de joie à tenter
de résoudre nos différends quà
réussir à les aggraver. Ce livre nous
aide pas à pas à quitter la peur pour
basculer dans la confiance, à nous déprogrammer
de la violence pour apprendre et apprendre aux autres
à jardiner la paix.
Brigitte Liatard |
|
| |
| Association : |
| L' AERE |
| AERE, éveil
à la responsabilité, 5 place Saint Sauveur,
56400 Auray - 02.99.04.09 |
| On nenseigne pas seulement
ce que lon sait ou ce que lon croit savoir
; on enseigne ce que lon est. Jean Jaurès
(charte de lAÉRÉ, 1981) |
|
LAssociation pour un Éveil à la
Responsabilité à lÉcole est
une association francophone laïque créée
en 1981. École sentendant au sens large
: léducation dure toute la vie. Ce groupe
est ouvert à tous, parents, étudiants
ou éducateurs de tous statuts, de toutes croyances
ou incroyances qui admettent que léducation
a un fondement éthique et commence par soi-même
(article 6 des statuts). LAÉRÉ correspond
avec des éducateurs dautres nationalités.
Elle cherche un développement démocratique
et fonctionne en conjuguant délégation
moderne et réseau.
Son but : Promouvoir un éveil de soi-même
comme des autres, des enfants et des adolescents aux
valeurs humaines fondamentales (honnêteté,
respect de soi et dautrui, solidarité)
et au sens des responsabilités. Favoriser lapprentissage
dun savoir-vivre, seul et en collectivité,
fondé sur lécoute de sa conscience,
le respect de lexistence et de la dignité
humaine. Encourager des expériences positives.
Ses moyens daction : Rencontres, dialogues,
débats, partages dexpériences vécues,
information par les médias, publications...
|
| |
Courrier : |
Jai
vu avec beaucoup dintérêt le reportage
consacré sur la Cinquième, aux élèves
médiateurs du collège dAmbrussum.
Mais je partage la réserve dune personne
présente sur le plateau. Je crains que cette initiative
ne donne trop de responsabilités aux jeunes en
les empêchant de profiter de leur enfance.
Elisabeth L. Paris
(75) |
Une expérience de plus de 6 ans dans cette pratique
nous permet de
vous rassurer. Dune part, les enfants sont volontaires
et partagent à plusieurs cette fonction pour un
temps limité. Ils sont en effet nombreux à
vouloir connaître cette expérience. Par ailleurs,
de nombreux jeunes vivent des situations douloureuses
dans lesquelles ils se sentent démunis et impuissants.
La médiation leur permet dagir concrètement,
chacun à leur niveau, et quelques années
plus tard, les adolescents insistent sur la confiance
en eux que cette responsabilité leur a permis dacquérir.
Génération Médiateurs. |
|
|
|